Interview Manager de demain : Madame M.

Practeez donne la parole aux managers. Notre intention est de comprendre la situation des managers en entreprise, d’observer leurs difficultés et les bonnes pratiques qu’ils mettent en place. Nous partageons ces témoignages pour permettre à leurs homologues d’être inspirés.

Madame M est Directrice Générale d’Usine d’un groupe industriel international. Elle a exercé auparavant différentes fonctions commerciales et opérationnelles.  Elle est responsable d’un total de 48 personnes, réparties dans 2 usines, dont 8 personnes qu’elle manage en direct. Elle a accepté cette interview pour partager avec vous son expérience.

P : Si vous pouviez donner une image pour représenter la fonction du manager, qu’est-ce-que ce serait ?

M.M. : Un chef d’orchestre

P : Pour vous, quelles sont les compétences qui font un excellent manager ?

M.M. : Je vois 4 compétences principales :

  • Savoir fédérer les équipes autour d’un projet
  • Être capable de faire émerger les idées des uns et des autres
  • Savoir montrer le cap, le sens.
  • Coordonner

P : Qu’est-ce que vous trouvez facile dans votre fonction ?

M.M. : En dehors de mon rôle de manager, j’aime beaucoup la prospection commerciale, c’est facile pour moi. Et en ce qui concerne mon rôle de manager, j’ai de la facilité pour permettre la création de liens entre les membres des équipes, notamment à travers des teams building et diverses réunions d’équipes, par exemple à l’extérieur de l’entreprise pour fêter des événements.

P : A quelle difficulté principale avez-vous dû faire face récemment ?

M.M. : Avec le Covid nous avons perdu un chiffre d’affaires important ce qui a entrainé un chômage partiel. Ce qui a été particulièrement compliqué a été la soudaineté et la durée de l’impact de cette crise. Certaines personnes ont vécu une déconnexion sociale difficile pour elles et il était compliqué de les rassurer. Elles ne voulaient plus rester à la maison en télétravail. Nous nous sommes rendus compte que le travail n’est pas uniquement un espace pour gagner sa vie mais également un lieu social.  Pour aider les membres des équipes, je me suis assurée d’avoir une communication régulière et de ramener au bureau les personnes qui en avaient le plus besoin, en respectant les règles sanitaires.

P : Quel a été l’impact du Covid sur votre style de management ?

M.M. : A l’arrivée de la première vague j’ai été obligée de réagir de très vite donc j’ai été très directive. C’est l’effet de crise. J’ai défini arbitrairement qui était en chômage partiel tel jour et qui l’était tel autre jour.

Ensuite, grâce aux outils technologiques, nous avons renforcé la communication à distance pour être rassemblé autant que possible. Cela passait par des réunions courtes mais régulières pour faire passer les informations.

P : Utilisez-vous des outils de management particuliers ?

M.M. : Nous avons des processus bien rodés sur l’accueil des nouveaux membres, incluant les intérimaires. Ensuite nous profitons de la journée mondiale de la sécurité pour proposer des activités par exemple sur bien-être au travail. Comme je le disais plus tôt, nous mettons l’accent sur la création de lien avec les teams buildings, la soirée de Noël, les médailles de travail, des barbecues. De plus, le groupe met en place tous les deux ans une enquête sur le niveau d’engagement des salariés.

P : Auriez-vous un conseil pour un manager qui aurait du mal à motiver les membres de son équipe en ce moment ?

M.M. : Je lui demanderais déjà comment lui il va. Si on n’a pas beaucoup d’énergie, les gens le sentent et ça coince. Donc j’inviterais le manager à se poser les questions suivantes : Est-ce l’équipe à bout de souffle ou est-ce moi ? Est-ce que j’ai changé mon comportement ? Suis-je fatigué ? Est-ce que des choses ont changé dans ma vie ? Ensuite, j’ai toujours pensé qu’il faut aborder les choses. Si je ressentais que les membres de l’équipe étaient démotivés, je les rassemblerais et j’exprimerais ce que je ressens, ce que j’observe. Je partagerais mon besoin que nous soyons tous dans le même bateau pour atteindre le cap. Enfin j’inviterais à réfléchir à ce l’on peut mettre en place ensemble. Il n’y a pas que du rationnel dans l’entreprise.

Récemment j’ai senti qu’un membre de mon équipe n’était pas dans son état habituel. Sans le forcer et en faisant confiance à mon impression, je lui ai laissé de la place pour qu’il puisse s’exprimer s’il le souhaitait. Effectivement il vivait une situation personnelle éprouvante et il s’est confié. On n’ose pas assez en entreprise, on a peur de bousculer les gens. Alors qu’il faut faire confiance à notre sensibilité et dire les choses.

P : Qu’est ce qui est le plus important pour vous pour réussir dans votre rôle de manager, la posture ou les outils organisationnels ?

M.M. : La posture !

P : Si vous aviez une baguette magique, qu’est-ce que vous changeriez ici et maintenant pour rendre votre travail plus performant et fluide ?

M.M. : J’enlèverais tout ce qui est fichiers de reporting. Nous sommes dans un groupe où nous avons beaucoup de reporting ce qui nous prend énormément de temps. Ensuite, sans Covid je ferais une fête avec l’ensemble des collaborateurs tous les mois. Enfin, j’arrêterais les emails, dont nous sommes surchargés

P : Comment imaginez-vous l’entreprise de demain idéale ?

M.M. : J’imagine un lieu de convivialité, de partage d’expériences. Je ramènerais de l’humain. Aujourd’hui nous avons trop de pression et sommes trop concentrés sur les résultats et l’argent. Si les gens sont bien où ils sont, ils sauront déployer toute leur énergie.

P : Qu’est ce qui existe aujourd’hui et que l’on abandonne complètement dans l’entreprise de demain ?

M.M. : Le rapport à l’argent quand il est exacerbé. Dans l’entreprise de demain les ressources sont partagées plus équitablement. Je suis actuellement dans un groupe international et je trouve qu’on laisse trop peu aux opérateurs sur machine. Je développe des actions collectives, notamment un jardin collectif.

P : Quelles sont les compétences dont doit disposer le manager de demain ?

M.M. : Le manager doit être ouvert à de nouvelles pratiques, aux nouvelles façons de faire. Aujourd’hui des personnes de mon équipe ont un deuxième métier parallèle. Elles le font notamment parce que les salaires sont trop bas en France. Il y a quelques années je n’aurais pas compris ni accepté ce choix. A présent je comprends que même si on a une autre activité le soir, on peut être pleinement investi dans son travail. Le manager doit être ouvert, ne pas avoir d’à priori, être capable de se remettre en question et d’innover.

P : Je ressens beaucoup de bon sens et d’humanité dans votre partage. Merci beaucoup pour cette ouverture. Je vous souhaite de tout cœur beaucoup de succès dans l’évolution de votre carrière.

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