Les cartes en formation : bien plus qu’un outil ludique
À quoi sert vraiment une formation ?
Une formation ne se résume pas à transmettre de l’information. Son ambition profonde est de provoquer un changement durable : transformer un comportement, renforcer un savoir-faire, affiner un savoir-être, parfois bousculer des croyances installées depuis longtemps.
Le vrai défi n’est pas l’apprentissage dans la salle — c’est l’intégration dans la vie réelle. Comment faire en sorte que ce qui a été compris, ressenti ou entrevu continue à vivre dans le bureau, dans les réunions, dans les conversations difficiles du lundi matin ? Comment faire durer la motivation quand le quotidien reprend ses droits ?
Entre une formation visant un changement de pratique concret et une autre touchant à quelque chose de plus intime — la façon dont on se perçoit dans son rôle, ce qu’on croit possible — il y a tout un spectre que le formateur doit naviguer avec discernement.
Les cartes : un média, pas une magie
Des jeux comme Dixit, L’Oracle de la Vie Professionnelle, ou d’autres oracles adaptés au contexte professionnel ont en commun une propriété précieuse : ils donnent une forme concrète et sensorielle à ce qui est difficilement formulable. Une image, un mot, une métaphore — et soudain quelque chose peut être dit, partagé, reconnu.
Ce n’est pas de la magie. C’est de la médiation. La carte joue le rôle d’intermédiaire entre le monde intérieur du participant et la conversation collective. Elle diminue la résistance à l’expression, elle ouvre des espaces là où les questions directes se heurtent à des murs.
Mais les cartes ne font rien seules. Elles sont un média, et comme tout média, leur efficacité dépend entièrement de la façon dont le formateur les utilise.
Premier niveau : la préparation du formateur
Avant même que les participants arrivent, les cartes peuvent être utiles au formateur lui-même.
Tirer une carte boussole en préparant le déroulé — une carte qui incarne l’intention profonde de la journée, la qualité de présence souhaitée — ancre le formateur dans quelque chose de plus grand que son plan. Pendant la formation, quand le doute s’installe (est-ce que je suis légitime ? est-ce que je vais trop loin ?), cette carte devient un point d’appui silencieux.
La carte peut aussi être utilisée en amont comme source d’inspiration, non plus seulement pour la posture, mais pour le contenu ou la manière de le délivrer : elle ouvre des pistes, suggère un angle, invite à ajuster le rythme ou l’énergie.
En ouverture : l’inclusion
Les premières minutes d’une formation donnent le ton pour tout le reste. Les cartes sont particulièrement utiles pour deux fonctions essentielles de l’inclusion :
Se présenter autrement. Plutôt que le tour de table classique (prénom, poste, années d’expérience), chacun choisit une carte qui représente quelque chose de lui ou son rapport à la formation. L’introduction devient immédiatement plus vivante, plus humaine.
Le tour météo. « Quelle carte exprime ce que vous ressentez en arrivant aujourd’hui ? » Cette simple question permet de prendre la température du groupe, de repérer les fatigues ou les résistances, et de créer un premier niveau de connexion entre les participants.
Au cœur de la formation : poser des questions puissantes
C’est sans doute l’usage le plus riche. Les cartes permettent de poser des questions que l’on n’oserait pas forcément formuler frontalement — ou que les participants n’oseraient pas s’avouer à eux-mêmes.
Quelques exemples concrets :
- « De quoi pourrais-je me libérer afin de mieux intégrer ce que je vais apprendre ? »
- « Quelle est l’intention profonde — peut-être encore inconsciente — qui vous a amené à rejoindre cette formation ? »
- « Sur quoi m’appuyer pour intégrer ce que j’ai appris aujourd’hui et l’appliquer dans mon quotidien professionnel ? »
- « Comment garder la motivation et la discipline pour mettre en pratique ce que j’ai appris ? »
Ces questions renforcent directement l’impact de la formation. Elles touchent à la motivation, aux peurs, aux angles morts. Elles font le pont entre la tête et le reste.
Dans les longues formations : prendre du recul
Pour les parcours sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, les cartes offrent un rituel de bilan utile entre les séquences. En début de session, on peut demander : « Qu’est-ce que j’ai mis en pratique ? Qu’est-ce qui a été difficile ? Qu’est-ce que je veux approfondir ? »
La carte ne remplace pas la réflexion — elle la déclenche. Elle contourne la tendance naturelle à rester dans le général pour aller vers le spécifique et le personnel.
Dans les mises en pratique et jeux de rôles
Les mots et images des cartes peuvent nourrir des simulations et des exercices pratiques. Tirer une carte au début d’un jeu de rôle et l’intégrer comme contrainte ou comme contexte introduit une dimension d’improvisation créative qui rend l’exercice plus vivant — et parfois plus révélateur que le scénario soigneusement préparé. Le participant peut s’appuyer sur le thème principal de la carte, ou les mots clés.
En clôture : repartir avec quelque chose
Le tour de clôture est souvent le moment où les formations manquent d’ancrage. Une carte tirée ou choisie en réponse à « avec quoi je repars ? » ou « quelle intention je prends avec moi ? » force une formulation plus incarnée, plus personnelle — et bien plus mémorable qu’un questionnaire de satisfaction.
Trois exemples concrets
Une formation longue de thérapeutes : créer des liens dès le premier jour
Dans une formation sur plusieurs mois réunissant des thérapeutes, la première journée démarre par un exercice simple : chacun tire une carte et s’en sert pour se présenter. Ce qui aurait pu être un tour de table classique devient immédiatement autre chose. Les cartes ouvrent des espaces inattendus — une image résonne, quelqu’un partage quelque chose de personnel, un autre reconnaît ce que l’autre vient de dire. Des liens se créent en quelques minutes qui auraient mis des semaines à émerger autrement. La suite de la formation s’en trouve transformée : le groupe arrive en territoire de confiance bien plus vite que d’habitude.
Une journée en entreprise : des liens solides entre collègues
Dans une formation d’une journée en entreprise, les participants se connaissent plus ou moins — certains travaillent ensemble depuis des années, d’autres se croisent à peine. Chacun tire une carte et l’utilise pour se présenter, non pas sous l’angle du poste ou de l’ancienneté, mais de ce que la carte lui évoque. Les partages vont en profondeur, parfois de façon surprenante. À la fin de la journée, quelque chose a changé dans la façon dont ces personnes se regardent. Des liens se nouent qui dépassent largement le cadre de la formation — et qui nourrissent durablement la qualité des relations professionnelles.
Un atelier d’une heure : entrer dans le cercle
Dans un format court — une heure, un groupe qui ne se connaît pas ou peu — les cartes servent d’inclusion rapide et efficace. Chacun tire une carte au hasard et dit en une phrase ce qu’elle lui évoque. Pas de pression, pas de profondeur exigée : juste un premier pas pour entrer dans le cercle, poser sa présence, sentir que l’on est bien là. En quelques minutes, le groupe existe. L’atelier peut commencer vraiment.
Les questions que vous vous posez peut-être
Un oracle, ce n’est pas trop puissant pour une formation — notamment avec des personnes pas habituées à ce genre d’outil ?
C’est une vraie question, et elle mérite une réponse honnête : oui, les cartes peuvent toucher quelque chose de profond. Et c’est précisément pour ça qu’elles fonctionnent. Mais « puissant » ne veut pas dire « dangereux » — cela veut dire que le formateur doit doser avec intention. Avec un groupe peu familier de ce type d’outil, on commence léger : une image, un mot, une association libre. On ne demande pas une plongée intérieure en cinq minutes. La profondeur vient si le cadre est bien posé et si le groupe s’y prête — pas parce que la carte l’impose.
J’ai peur que la lecture de la carte et les échanges ne prennent trop de temps.
C’est le piège classique, et il est facilement évitable. La règle d’or : la lecture de la carte, c’est deux à trois minutes maximum. On ne lit pas tout. On s’appuie sur le titre, sur un mot clé, sur l’image — ce qui résonne en premier. Ensuite, avant de lancer l’exercice, le formateur précise clairement ce dont il a besoin : « Je vous demande juste un mot ou une phrase courte », ou « Vous aurez deux minutes pour partager ce que cette carte vous évoque par rapport à la question posée. » C’est ce cadrage — et non la carte elle-même — qui régule le temps.
Est-ce que je dois utiliser le mot « oracle » ? Et si je ne le sens pas ?
Non, absolument pas. Le mot « oracle » peut surprendre, déstabiliser ou tout simplement ne pas coller avec votre posture ou avec le contexte de la formation. Et si vous ne le sentez pas, vos participants le sentiront aussi. Parlez de « cartes de réflexion », d' »outil de médiation », ou présentez simplement l’activité sans la nommer. Ce qui compte, c’est ce que la carte provoque dans la salle — pas l’étiquette qu’on met dessus. Un formateur aligné avec ses outils, même sans le bon vocabulaire, crée toujours plus d’impact qu’un formateur qui utilise les bons mots sans y croire.
Cette réflexion a été nourrie par une question d’Emmanuelle Orvain, Coach, Mentor et Formatrice de Formateurs Professionnels — échange enregistré spontanément en vidéo.
Pour en savoir plus sur L’Oracle de la Vie Professionnelle : www.oracleviepro.com
Pour découvrir les formations et ateliers : www.practeez.com