Et si on innovait dans la façon de démarrer une startup ?

En prenant un peu de recul sur la façon dont nous démarrons nos startups, il semble que nous ayons adhéré à un seul grand modèle. Celui-ci ne semble pas des plus efficaces puisque qu’apparemment 75% des startups présentent des pertes financières et qu’entre 60 et 90% des startup font faillite en l’espace de quelques années.

Ce modèle très dynamique de premiers pas de startup a pu avoir des avantages et être adapté à notre société a un moment donné. Mais si l’on souhaite être plus efficient et mettre uniquement la bonne dose d’énergie pour créer une startup qui soit durable, n’y aurait-il pas un autre modèle à expérimenter ?

C’est la réflexion que l’on explore ici. Bonne lecture !

Le modèle standard de démarrage de startup

Depuis 10 ou 20 ans, un modèle d’origine de la Silicon Valley, issue des ingénieurs informatiques est venu inspirer notre propre création de startup. C’est ce modèle que l’on retrouve au sein de la plupart des incubateurs, accélérateurs et recommandé par des consultants et vidéos en ligne. En simplifiant au maximum, un objectif majeur est de montrer la viabilité du projet pour attirer des investisseurs qui pourront rapidement contribuer avec des fonds, qui permettront une accélération exponentielle de la startup. La vision : devenir une licorne. Pour y arriver, on créé rapidement une équipe puis un prototype en le faisant régulièrement évoluer grâce une validation régulière de ses clients (méthodes de lean management). Puis on utilise des campagnes marketing agressives (growth hacking plus précisément) pour obtenir de la visibilité et des ventes. Une véritable course contre la montre pour le fondateur et l’ensemble des membres de l’équipe.

Ce modèle de développement démontre principalement un mouvement de l’extérieur vers l’intérieur et qui se situe dans l’action. En voici les points clés :

  • Les fondateurs s’associent à d’autres forces pour accumuler rapidement des compétences opérationnelles
  • Bien qu’il y ait une idée de produit au départ, l’équipe va largement adapter l’offre aux retours des premiers utilisateurs. C’est que l’on appelle le pivot. Ainsi le produit vendu peut être radicalement différent à celui imaginé au départ
  • Les ressources financières pour permettre le développement de l’entreprise viennent d’investisseurs, de financements participatifs ou de banques. Il semble que ce soit actuellement le critère de succès d’une startup dans les médias : combien d’argent elle a levé !
  • Mise en place de partenariats : on séduit, on « vend » son idée et on tente de convaincre sur la base des fonctionnalités
  • La concurrence est observée, analysée. On s’en inspire et on tente de capter les clients de ses concurrents avec des techniques de growth hacking, principalement du marketing digital
  • Les outils utilisés pour développer le projet sont : le Business plan, le Pitch, les techniques de growth hacking etc. On utilise des techniques de vente et négociation plutôt agressives, et de fortes actions marketing.
  • Un lien limité mais étroit avec l’écosystème : les liens se créent avec des partenaires stratégiques ainsi qu’avec les clients.
  • Le rapport au temps : c’est une course contre la montre. L’équipe doit se dépêcher d’accomplir chaque étape pour montrer son efficacité ainsi que le potentiel exponentiel aux investisseurs
  • Mots clé : acquisition client – rapidité – expansion

Ce modèle poussé à son maximum peut présenter des dérives :

  • Fatigue de la part des membres de l’équipe (voir article Libération)
  • Conflits, entre les membres de l’équipe, avec les clients et toutes les parties prenantes
  • Incohérences, bases non solides. Faire, défaire, refaire, entrainant des retards de livraison
  • Impact négatif pour la société et la planète. Ex emplois précaires ex Uber

Yin et Yang appliqué à la startup

A mon sens, un défaut majeur de ce modèle est qu’il met en œuvre majoritairement des outils issus d’un état d’esprit Yang, alors qu’un équilibre et vue holistique sont cruciaux pour créer un projet durable.

Ce qu’est le Yang :

  • Le masculin
  • L’action, le mouvement, la force, une énergie puissante
  • La logique
  • La dominance et l’expansion
  • Analyse chiffrée

Les outils Yang sont très utiles pour démarrer une startup et ont effectivement permis à des milliers, voire des millions de startup d’être créées. Ces dernières ont certainement contribué à faire évoluer notre société. Et de façon plus concrète, c’est grâce à elles que nous avons à présent des outils accessibles et faciles d’utilisation pour créer son propre site web et gérer ses clients, sa facturation etc.

Mais il me semble qu’il est temps de rééquilibrer notre façon de faire pour éviter le découragement d’entrepreneurs, de perdre de l’énergie à des projets qui ne pourront pas voir le jour car ils ne démarrent pas sur des bases suffisamment solides. Le but est de permettre aux fondateurs de créer des projets qui soient plus humains et durables, tout en apportant de la valeur à notre société.

Nous pourrions par exemple compléter les processus actuels avec des pratiques issues d’un état d’esprit Yin.

  • La féminité
  • L’intuition, la compréhension des différents éléments qui composent notre écosystème
  • La passivité, une énergie calme, la tranquillité
  • La création
  • Observation, ressenti

Bien entendu, ces deux grandes tendances ne sont pas à attribuer catégoriquement d’un côté aux hommes et de l’autre aux femmes. Comme nous avons chacun une part de féminité et une part de masculinité, nous pouvons tous nous approprier ces modèles et leurs outils.

Un autre modèle de démarrage de startup

Voici quelques conséquences de ce modèle de développement qui est plutôt dans un mouvement de spirale et évolutif. Il utilise certains outils du modèle standard, auquel il intègre des éléments qui vont plutôt de l’intérieur vers l’extérieur. Voici quelques caractéristiques de ces startups holistiques :

  • Les fondateurs sont dans une démarche de développement personnel. Ils ont conscience que leurs projets peuvent et doivent avoir une utilité pour notre société et notre planète. Ils passent donc par diverses étapes de compréhension, d’ouverture et de sensibilité. Par exemple, ils prendront le temps de réfléchir à leurs propres valeurs et à ce qui les motive dans leurs projets
  • Si les fondateurs décident de monter un collectif pour faire avancer le projet, alors ils seront véritablement dans une démarche d’intelligence collective, permettant à chacun des membres de s’épanouir et d’apporter sa pierre à l’édifice. Le partage de valeurs et d’intention des membres de l’équipe est fondamental
  • Il peut y avoir un pivot assez radical dans le projet global, mais il viendra probablement plutôt de l’intérieur (les fondateurs ou l’équipe au complet), plutôt que du client.
  • Les ressources financières sont un outil pour faire grandir l’organisation, mais l’état d’esprit est plutôt d’avancer de manière frugale, d’avancer pas à pas et de créer des partenariats stratégiques. On capitalise sur l’échange et l’entraide
  • Lorsque la startup met en place des partenariats ou démarche des clients de taille importante, elle ne se place pas dans une posture de vente ou de séduction mais plutôt dans une démarche de co-construction
  • Les membres de l’équipent aiment leurs clients ! Communiquer avec ces derniers est source de bonheur.
  • La concurrence est observée de manière très occasionnelle mais la startup s’en soucie peu. Elle considère que chacun a sa place, avec une proposition unique. Il lui arrive même de s’allier à ses concurrents voire de les recommander à ses propres clients lorsqu’elle juge que cela pourrait être pertinent pour ces derniers.
  • Les outils utilisés pour concevoir le projet sont : la Visualisation, l’Intention, la réflexion personnelle, la méditation, le Dragon Dreaming, les principes de permaculture, la gouvernance participative et divers outils d’intelligence collective.
  • Un lien étendu à l’ensemble de l’écosystème : dès le début du projet on se pose la question de l’impact du projet sur l’environnement. L’entreprise est intégrée dans l’écosystème de la société et de la planète et compte souvent parmi ses objectifs le fait de prendre soin de l’environnement.
  • Le rapport au temps : on fait confiance au processus et à ce qui vient. Les grecs voyaient la procrastination comme quelque chose de positif, remettre au lendemain ce que l’on n’est pas mûr pour accomplir le jour même. On se situe plutôt dans une valorisation de tous ce qui est créé et appris au cours du processus
  • Mots clé : collaborations – intuition – beauté

Même si j’adore expérimenter les outils à tendance Yin, je suis également consciente que certains ont également leurs limites. Par exemple si l’on prend trop de temps à réfléchir et poser les choses, on n’avance pas.  Donc l’idée est d’équilibrer les pratiques et outils Yin et Yang, pour permettre d’avoir de solides bases, tout en avançant.

Il s’agit surtout de faire ses choix en conscience, et de savoir que les outils de démarrage de startup sont illimités. Nous pouvons les combiner selon ce qui fonctionne pour soi, à un moment donné. Il nous reste encore à les expérimenter ensemble et en inventer de nouveaux !

D’ailleurs, un prochain article suivra sur les outils Yin.

Sentez-vous à l’aise de me faire part de votre propre expérience. Cela contribue à faire évoluer cette réflexion… en intelligence collective !

Un immense merci pour leurs réflexions et contributions à : Marie Poulle, Cécile Colombo, Abhinav Agarwal.

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